La mémoire au présent

Le festival 2018 nous a offert quelques moments forts de notre histoire… une interprétation plus exactement de cette histoire, traversée de souffrances, de conflits et de réconciliations qui n’en finissent pas. Une interprétation proposée par des cinéastes de talent sur des sujets difficiles, souvent tabous. Entre ceux qui, côté européen, ne veulent pas assumer leur passé colonial et ceux qui, côté africain, refusent de reconnaître leur complicité (d’autant plus que certains d’entre eux sont encore au pouvoir), et d’autres qui aimeraient passer à autre chose, regarder vers l’avenir sans remuer le passé, montrer « ce qui marche », il n’est pas évident de travailler sur notre mémoire. Le festival a levé les tabous et nous a invités à nous pencher sur notre passé avec l’ambition de construire un autre avenir.

Une quête d’identité et un retour aux origines

Et pourtant, c’est du côté de la jeunesse africaine, qui a envie de s’émanciper de toute domination et de « se prendre en mains », qu’on a le plus ressenti la quête d’identité et de retrouvailles avec leurs traditions et leur histoire : dans On est tous pygmées d’Hélène Charpentier, Chef Keza slame le besoin du retour à la nature et aux origines de la culture au Gabon… Le rôle de la culture, c’est aussi le leitmotiv de Burkinabè Rising de Iara Lee, où les arts sont mis au service de la résistance et du changement, mais plus profondément, celui de Tango Negro de Dom Pedro. Le réalisateur remonte à cette période de l’histoire de l’humanité, quand les Africains étaient débarqués en Argentine et ont imprégné – avant leur extermination dans les guerres de libération nationales – leurs rythmes dans la musique et la danse. Soulignons aussi Retour aux sources d’Alain George Ngamou, dénonçant le pillage des masques et des sculptures ancestrales. Les musées occidentaux ne sont pas leurs « maisons naturelles ». Certes ceux-ci leur ont donné un caractère universel mais les Africains réclament aujourd’hui leur restitution dans les tribus mêmes où ils ont été créés. Car ils étaient, plus que des objets d’art, de véritables mythologies et la spiritualité des peuples. Des richesses inestimables qui ont été conservées pendant des siècles avant qu’elles ne soient pillées, volées (ou données par des rois africains en quête de pouvoir et de reconnaissance auprès des Occidentaux). Que ce soit au Bénin ou au Cameroun, les États réclament les œuvres depuis plus de 20 ans qu’ils restitueront aux tribus qui sans nul doute sauront les conserver.

Clarifier les périodes coloniales et les conflits récents

Devoir de mémoire de Mamadou Kotiki Cissé, revient sur les conflits récents de 2012 qui se sont développés au Mali quand les djihadistes ont pu commettre leurs exactions à Tombouctou avec la complicité de l’armée et de l’Etat maliens d’alors : un film qui nécessite l’échange, le dialogue avec des historiens et des reporters pour donner à comprendre la complexité de ces conflits armés et leurs conséquences aujourd’hui.

Un film qui invite à l’engagement plus massif des Etats et des sociétés pour combattre le mal et éviter qu’il ne s’étende. Car si aujourd’hui l’intervention des forces militaires internationales permet de freiner les mouvements djihadistes et de former les armées des pays africains, il faudra mobiliser toutes les forces civiles pour réussir le développement, le deuxième pied indispensable à la sécurité. Pourquoi l’Afrique n’arrive-t-elle pas à se développer ? Elle émerge dans l’économie mondiale mais ne représente que 3%, et on sent monter un rejet de l’Occident. Pour bien le comprendre et pouvoir renouveler nos relations, il faudra clarifier les périodes coloniales car l’Afrique a payé cher la présence des Français et des Européens sur leur territoire, et n’en est pas encore remise. Véritables prédateurs, nos pays européens ont pu exploiter richesses et hommes pour leur plus grand profit. « Cette histoire est derrière nous » entend-on dire, comme pour s’en défendre et refuser d’assumer nos responsabilités. Or, que valent les réconciliations et les coopérations quand il n’y a pas de vérité et de justice ? Ce qui vaut pour l’Afrique du Sud ou le Rwanda ne vaut-il pas pour notre Europe et son lien à l’Afrique ?

Algérie, Congo Kinshasa, Rwanda à l’affiche

Afrique 50 de René Vautier dénonce la colonisation, ce qui a valu au cinéaste militant des droits humains, deux années de prison et quarante ans d’interdiction de projection en France. Une France qui n’a pas trop envie de clarifier son rôle et ses responsabilités dans l’histoire de ses relations avec l’Afrique. Comme on l’a vu dans le très important documentaire de Christophe Cotteret, Inkotanyi, le Rwanda s’en sort sous la conduite de son président charismatique Paul Kagamé. Jeune documentariste français, le réalisateur a interviewé Juppé qui avec Mitterrand et Védrine ont armé le camp des Hutu, et soutenu Mobutu contre Kagamé, accusé aujourd’hui de dictateur, alors que ce dernier reconstruit et cherche à réconcilier un pays qui a connu l’horreur. Mais au Congo ou au Burundi, les guerres se jouent sous nos yeux. Le Professeur Elikia M’Bokolo, présent lors de la projection Das Kongo Tribunal du réalisateur suisse Milo Rau, a alerté sur l’indifférence de l’Occident alors qu’on extermine encore des populations entières (10 millions de morts au Congo en vingt ans, assassinés avec la complicité des compagnies minières nationales et internationales). Un Congo qui nous a offert un autre visage grâce au film rafraichissant Debout Kinshasa de Sébastien Maître.

Le festival a accueilli les metteurs en scène et les comédiens comme le formidable Mabrouk Ferroudji qui n’a pas hésité à jouer le rôle d’un Algérien au service de l’armée française dans le très poignant Le Puits de Lofti Bouchouci, pendant la guerre d’indépendance, où les protagonistes des deux camps, les soldats français d’un côté et les femmes algériennes de l’autre, sont montrés dans toute leur humanité dans le contexte d’une guerre que ni les uns ni les autres n’ont choisie. Tous les films ont été précédés ou suivis de rencontres avec les réalisateurs, et certains ont fait l’objet de débats avec nos amis journalistes, comme Michel Amarger, des historiens comme Elikia M’Bokolo, ou des économistes comme Philippe Herzog.

Littérature musique et cinéma 

L’émotion était à son comble quand la lecture de poèmes, ceux de N’Dongo M’Baye, d’Aimé Césaire, de Léopold Sédar Senghor, de Jean-Luc Raharimanana, de David Diop ou de René Despestres, a ouvert plusieurs séances, et quand les chants sont venus rendre hommage au grand griot malien Kassé Mady Diabaté et à la musique mandingue avec Abou Kouyaté et Assy Diabaté, Bakary Diarra, ou au tango africain avec Didier Eyike au saxo, ou encore à la musique reggae, avec Romy.K qui a créé une chanson dédiée à notre festival « Afrique, ça suffit ! ».

La place du cinéma dans nos sociétés européennes n’est plus une question. Mais les jeunes élèves de l’école de l’Arbalète ont été interloqués quand ils ont appris que les jeunes Africains ne peuvent pas aller au cinéma alors qu’ici, il n’en est pas un qui n’ait vu le dernier film en vogue ! Elias Konaté, le fils d’Issiaka, le réalisateur de Souko le cinématographe en carton, et Zineb Tamourt, réalisatrice de Riad de mes rêves ont répondu à leurs cinquante questions, dénonçant le manque de salles de cinéma, ou leur fermeture (comme dans Samedi cinéma de Mamadou Dia), mais aussi les interdits qui frappaient les femmes comme au Maroc.

L’histoire du cinéma panafricain

Le cinéma panafricain a été à l’honneur, il se cherche encore comme en témoigne le fabuleux créateur du festival de Carthage dans le film qui porte son nom Tahar Chériaa, à l’ombre du baobab de Mohamed Challouf, présent lors de la projection. Tahar a passé sa vie à valoriser les cinéastes et leurs œuvres, et cherchait à définir le rôle du cinéma, lui donner son sens. Pour Idrissa Ouedraogo à qui nous avons rendu hommage en présence de grands noms du cinéma panafricain comme Souleymane Cissé, ou de comédiens comme Amélie M’Baye.

C’est l’émotion, sentiment universel, qui doit être au cœur du rôle du cinéma comme il le rappelle dans un interview réalisé lors de la cérémonie des Sotigui au Fespaco (le grand festival de Ouagadougou) juste avant sa disparition. Nous avons pu présenter L’écuelle et Issa le Tisserand, véritables films d’anthropologie africains.

Le cinéma panafricain a été lancé en 1955 avec le film de Paulin Vieyra Afrique sur Seine. Celui-ci a incité de nombreux jeunes à s’engager dans cet art, et encore récemment comme Ndéye Marame Guye avec son Une Africaine sur Seine et les jeunes mastérisés de Saint-Louis du Sénégal avec leur Et notre Afrique sur scène, projetés en présence de Stéphane Vieyra, fils de Paulin, et de Joséphine Legeay de l’école de Saint-Louis du Sénégal.

Un cinéma ouvert

La coopération avec les Instituts Français a été et reste importante, et bien souvent ceux-ci sont les seuls à offrir des lieux de projection dans des pays d’Afrique qui ont fermé les salles. La cinémathèque Afrique de l’Institut Français à Paris, dirigée par Véronique Joo’Aisenberg, est partenaire de notre festival, et nous a permis de montrer quelques films comme Rush, malgache, ou Le Grand Blanc de Lambaréné de Bassek Ba Kobhio, un film qui a suscité un débat sur les relations conflictuelles entre la France d’Albert Shweitzer et le Gabon de l’époque, en présence de Rachel Annick Ogoula Akiko ép. Obiang Meyo, ambassadrice du Gabon à l’UNESCO.

Nous avons pu faire venir les réalisateurs grâce à la SACD (Société des auteurs, compositeurs et distributeurs) et nous avons pu découvrir des films d’Afrique, d’Europe et même du Japon, avec la projection à la Maison de la Culture du Japon à Paris du très émouvant Papa longues jambes de Shinji Shinoda. Celui-ci a été de nouveau projeté à l’ambassade du Burkina Faso avec le très sympathique Wallay de Berni Goldbat, primé meilleur film européen de l’année. Papa longues jambes sera projeté à Montréal en 2019 par le festival « Vues d’Afrique » qui nous parraine, mais c’est dans toutes les écoles que ce film devrait être vu : compassion, solidarité, volonté sont au cœur des échanges entre petits orphelins japonais, africains et américains qui ensemble préparent un concert à Broadway pour lever des fonds au service de l’éducation.

 

Relayer les images

Nous avons montré des films qu’on ne voit pas beaucoup (ou pas du tout) dans nos grandes salles, mais que les festivaliers ont proposé de relayer, ou que des ambassadeurs présents, comme Jacques Kabalé, Ambassadeur du Rwanda à Paris, ont décidé de montrer en mobilisant les autres pays d’Afrique et leurs diasporas. Oui, les Africains doivent découvrir ces films qu’ils ne connaissent pas, mais les Européens aussi. Oser regarder les images parfois difficiles sur la réalité de l’esclavage, celui de millions d’Africains – parmi lesquels les jeunes femmes qui ont rejoint les maisons closes comme le montre le film de Christian Lara Esclave et courtisane – de la colonisation, sur les guerres d’hier et d’aujourd’hui, est salutaire. Ils sont des milliers d’Antillais à la recherche des noms de leurs aïeux esclaves comme le montre le film de Franck salin Citoyens bois d’ébène, et la France s’honorerait à les soutenir dans leur quête. Savoir que tout ceci a existé ne suffit pas, il faut voir les images et aller au cinéma qui éclaire les consciences quand il est capable de faire la genèse des évènements aussi douloureux soient-ils, et de pointer les responsabilités historiques, ce qui nous permettra d’aller de l’avant.

Des partenaires actifs

La 4ème édition d’Une semaine Eurafricaine au cinéma a été préparée par une équipe quasi bénévole1, et grâce à nos partenaires comme la Société Générale, Orange, L’Oréal, Aigle Azur et Corsair, l’ANF, Black Beauty, Cinéwax, la Maison de l’Afrique, les Ambassades du Mali et celle du Burkina Faso, l’inalco et le Studio des Ursulines. Cette année encore celui-ci a accueilli le festival, et je tiens ici à remercier chaleureusement son directeur Florian Delaporte et son équipe. Mais l’association doit trouver les moyens de se consolider et de se développer car trop de bénévolat risque de tuer le bénévolat. En effet, le cinéma n’est pas (qu’) un loisir. Le nôtre est engagé et ses films montrent, dénoncent, expliquent, s’adressent aux émotions… Le choix des films n’est pas neutre, il suppose partit pris et débat, de connaître l’histoire du cinéma et de l’histoire tout court. C’est un travail exigeant. Il faut voir les films, aller chercher les œuvres cinématographiques qu’on ne trouve pas dans nos salles, mais dans les archives ou dans les festivals. Chacun d’entre eux nécessiterait une réflexion en amont, une préparation pour pouvoir poser les bonnes questions aux cinéastes. Questionner notre histoire, celle de nos relations, exige de les appréhender avec l’aide des historiens eux-mêmes, mais aussi des économistes et des hommes politiques, car tout est imbriqué. La culture, c’est la conscience historique nous a rappelé Cheikh Anta Diop… Vouloir séparer culture et politique, culture et économie est le drame de nos sociétés modernes qui ont perdu le sens de leur action pour faire œuvre de nouvelle civilisation.

1 Autour de Claude Fischer Herzog et de Jacques Bosc, Fatou Traoré, Aminata Kebe, Yvan Fischer, Irène Yabré, Michel Amarger, Chloé Aïcha Boro, Catherine Laski, Catherine Véglio, Alain George Ngamou, William Felky, Christophe Le Nours et Natty Aduayam.

Rendez-vous à Bamako

Cette édition de Paris a été bien « arrosée », nous avons trinqué à l’amitié Eurafricaine avec les jus de fruit Zabbaan, produits par notre amie Aïssata Diakité, jeune entrepreneure malienne. Elle va trouver ses prolongements au Mali du 30 novembre au 4 décembre prochains. Ouverte à Paris Devoir de mémoire et la participation Mme Diallo Aïssata Touré, députée de l’Assemblée nationale du Mali, représentant notre marraine, N’Diaye Ramatoulaye Diallo, Ministre de la Culture, Une semaine Eurafricaine au cinéma sera ouverte à Bamako par la projection de Mémoire en marche, le beau film de Julien Masson sur les tirailleurs sénégalais qui pour certains d’entre eux n’avaient de sénégalais que le nom : ils sont venus de toute l’Afrique (et même d’Indochine) pour défendre la France et « le monde libre » comme ils en témoignent dans le film. Sachons leur rendre hommage en revisitant le passé et en ouvrant le débat sur notre avenir commun.

Paris le 28 juin 2018

Claude Fischer-Herzog

Présidente d’Eurafriclap

Directrice des Entretiens Eurafricains 

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EURAFRICLAP 

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Le festival est né à Paris en 2015. Il s’inscrit dan les Entretiens Eurafricains, contribuant au dialogue interculturel entre l’Europe et l’Afrique(s). Il conjugue plusieurs objectifs : un cinéma engagé, une présentation de cinématographies d’Afrique trop méconnues en France, un soutien aux cinéastes africains qui se battent pour préserver leur art et ouvrir des salles en Afrique. Projections, chants, danses, rencontres, débats.

4e édition : Le droit à la mémoire

Du 18 au 24 juin 2018 au Studio des Ursulines à Paris

Pré-ouverture le 16 juin 2018 à 17h, à la Maison de la culture du Japon à Paris avec la projection du film  PAPA-LONGUES-JAMBES, de Shinji SHINODA.

Rejoignez les amis et les membres d’Eurafriclap en soutenant le festival :

Le festival a besoin de votre soutien, c’est pourquoi nous vous invitons à participer à son financement en faisant un don à EURAFRICLAP (à partir de 5 euros) à travers la campagne de CROWDFUNDING

Ce don vous permettra également de participer sous une forme ou sous une autre et en fonction de son montant aux séances du festival et aux projections-débats  organisés tout au long de l’année dans le cadre du séminaire « Culture ».

 

Présentation de la nouvelle édition 2018 : En cette année de commémorations de l’abolition de l’esclavage, “une semaine Eurafricaine au cinéma” entend donner la parole aux images sur notre histoire, celle d’une humanité qui doit faire un travail de mémoire si elle ne veut pas hypothéquer l’avenir de vivre ensemble.

“Du devoir de mémoire au droit à la mémoire”, le thème de la 4e édition – organisée par Eurafriclap du 18 au 24 juin 2018 à Paris – nous permettra de montrer et découvrir les drames liés à l’esclavage, la traite négrière ou la colonisation. Le cinéma, quand il se saisit du passé, raconte les événements ignorés par nos récits nationaux en quête d’oubli et de grandeur, et nous permet de nous interroger sur nos héritages et nos identités. Sans tomber dans l’excès de culpabilité ou de repentance, celle des victimes comme celle des bourreaux, nous essaierons de comprendre les préjugés raciaux et la discrimination qui persistent dans nos sociétés, mais aussi l’espoir de renouveler nos relations entre Européens et Africains pour qu’ensemble, nous construisions une humanité pacifique et réconciliée.

26 films, des rencontres et des débats avec les réalisateurs et des historiens, de la lecture, de la musique et de la danse avec des artistes africains.

Grande nouveauté 2018 : le festival sera  dupliqué à Bamako en décembre 2018, en partenariat avec le CNCM et Eurafrique 21 :

Logo_CNCM

Lors de notre rencontre avec Moussa DIABATE, le directeur général du CNCM au Mali, la proposition de dupliquer le festival à Bamako a pris forme : la programmation autour du thème « Le droit à la mémoire » sera aménagé en concertation avec l’équipe du CNCM, l’idée étant d’ouvrir la Semaine par un film européen, et pourquoi pas Mémoire en marche de Julien Masson, et de renforcer la projection de films maliens.

Une conférence pourra également être organisée pendant la semaine, en partenariat avec EURAFRIQUE 21, une association partenaire des Entretiens Eurafricains, créée à Ouagadougou pour toute l’Afrique de l’Ouest.

 

Pour pouvoir assister à toutes les séances gratuitement, procurez-vous le pass  iCI

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Contact : Pour toute information :  eurafriclap@eurafriclap.org

L’équipe : Claude Fischer Herzog, Jacques Bosc, Fatou Traoré, Aminata Kébé, Irène Yabré, Yvan Fischer, Alain Georges Ngamou, Chloé Aïcha Boro, Michel Amarger, Catherine Véglio, Catherine Laski.